Mardi, le 10 Novembre 2009

Blogueur invité : Nicola-Frank Vachon !

Déjà une semaine de passée dans cette formidable et unique aventure qu’est Macbett au Trident ! Tout se passe à merveille, et c’est avec bonheur que j’incarne mon personnage à chaque soir. On sent chez tous les membres de l’équipe une fierté, un enthousiasme très tangible de participer à ce spectacle. Déjà, au début du travail avec Diego, nous avions tous le sentiment déboussolant de nous engager dans l’inconnu et que quelque chose de très spécial se préparait. À la veille de la première, j’étais très impatient de connaître la réaction du public. J’avais hâte de pouvoir enfin mettre à l’épreuve cet univers que nous avons tous créé ensemble avec l’aide du metteur en scène fantastique qu’est Diego. Il a su nous amener hors des sentiers battus et hors de nos zones de confort, et ce avec une rigueur et une précision admirable. J’ai été très touché par sa volonté, tout au long du travail, d’être fidèle à l’humanité des personnages et d’éviter la caricature d’une trop grande théâtralité. Je suis d’ailleurs heureux de le voir avec nous à chaque soir de représentation. J’ai aussi le plaisir de partager les coulisses et la scène avec Gill, qui m’a souvent dirigé ces dernières années en tant que metteur en scène.

J’adore entrer dans la peau de Macbett et cheminer à chaque soir dans ce parcours qu’est le sien, de la ferveur patriotique et aveugle à la déchéance entraînée par la trop grande soif de pouvoir. Le jeu de miroir entre les différents personnages dépasse pour moi les limites du récit ; il rejoint le cœur de tous les hommes, ses failles, son humanité. Quelque soit l’époque, l’endroit, nos avoirs, nous serons toujours tous et toutes vulnérables à ce désir de vouloir contrôler les choses. Un désir qui, pour moi, prend racine dans l’inconfort et la peur d’être mortel, d’être soumis à l’incertitude, aux intempéries d’un monde qui nous dépasse et nous subjugue. « Ce sont les événements qui règnent sur l’homme, non point l’homme sur les événements » dit lucidement Macbett au cœur de sa folie.

Au début du travail, j’avais peur de cette dernière scène. Peur d’entrer dans la tête d’un fou. N’ayant pas le choix d’y aller et guidé dans cette forêt sombre par Diego , j’ai peu à peu réalisé que j’étais intime avec cette folie, que nous le sommes tous, que ce désarroi est en chacun de nous, enterré quelque part sous nos certitudes. La soif du pouvoir, du contrôle, se retrouve dans toutes les sphères de l’humanité, de la politique internationale aux plus intimes renforts de notre être. Même si, par exemple, je n’ai pas d’ambitions politiques, ou carriéristes, même si je n’ai pas cette soif d’être connu et reconnu, je cherche secrètement à ce que les autres m’aiment et m’apprécient, je cherche à éviter la maladie et la mort, à avoir le plus grand contrôle possible sur ma vie et le chemin que je veux qu’elle prenne. En tant que comédiens, nous sommes tous pris avec ce paradoxe, c’est-à-dire celui de vouloir bien interpréter, et en même temps celui de ne pas être trop volontaire, mais plutôt de s’abandonner, de faire confiance à l’intelligence du jeu, au texte, au metteur en scène.

Personne ne tarde trop à réaliser que plus on cherche à contrôler les choses, plus elles nous échappent. J’ai l’image de cette tour que nous cherchons à construire le plus haut possible afin d’avoir un œil sur le plus grand nombre de choses possibles. Mais plus la tour s’élève, plus elle est fragile, plus on est seul et plus le risque de la chute est grand, plus on a peur de cette chute.

C’est un privilège pour moi de jouer dans ce spectacle et d’incarner avec tout le reste de l’équipe la grande humanité qu’on y retrouve. De la redécouvrir comme chaque nouveau spectateur à chaque soir. J’essaie de profiter de cette chance, car je sais trop bien que tout s’achèvera très vite. Voilà donc la leçon de Macbett à retenir pour moi : le lâcher-prise.

Ah oui, petite anecdote. Ma copine et moi nous sommes achetés une petite chatte. Nous l’avons baptisée Nina… Simone, en l’honneur de la pièce musicale de la chanteuse du même nom qui se retrouve dans la pièce de théâtre. Quoi ? Je n’allais tout de même pas l’appeler Lady Macbett ! Je vous laisse avec quelques photos que j’ai prises dans les coulisses entre deux scènes. Je vous invite également à visiter mon propre blogue photo, pour les intéressés. http://nfvphotography.wordpress.com

Nicola


Le rire entre les lignes, le rire jaune sur nos lèvres roses. Quelque chose s’est passé hier soir au Trident: nous avons vu de la lumière dans le tunnel, avec un train dedans. Au nom de l’audace, je vous dis merci pour cette belle et enivrante performance.

Posté par Louise Langlois le 13/11 à 16:35
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