Mercredi, le 10 Mars 2010

BLOGUEUSE INVITÉE : ANSIE ST-MARTIN

Nous sommes en pleine semaine de première. Il me vient des petites vagues de stress. J’en parlais justement avec Christian Michaud (notre Caligula) et Gill Champagne. Cependant, je vais faire en sorte que le stress ne vienne en aucun cas jeter une ombre sur le grand plaisir et la grande liberté que j’éprouve à incarner Ceasonia. Gill a une vision très claire et intelligente de ce qu’il veut et il connaît bien les ressorts du jeu. C’est probablement une des raisons principales qui fait que la confiance règne dans l’équipe. On se sent bien et, comme acteur, ça fait pousser des ailes! Ce sera un bon spectacle.  Notre Caligula s’amuse ferme. Le travail s’est fait dans une grande simplicité, je trouve que l’équipe est tendre. Je ne répéterai jamais assez combien je suis heureuse en ce moment. Heureuse et privilégiée que Gill m’ait demandé, il y a de ça bien longtemps déjà, d’incarner ce rôle aux côtés de Christian.

Les acteurs et actrices sont tous plus généreux les uns que les autres, je les aime tous. Nous avons une équipe de cœur et de talent. Les scénographes, les gens de la technique, les couturières… D’ailleurs, j’ai passé de nombreuses heures d’essayage, j’ai des robes qui sont des petites œuvres d’art originales. Nous avons récemment découvert le visuel du spectacle. C’est une inspiration, je ne dirai rien de plus, venez voir !

J’aime l’intelligence incisive de Camus, je me suis toujours passionnée pour la philosophie, la logique. Avant le Conservatoire, j’ai étudié l’anthropologie et j’ai flirté avec la philo. Après avoir vécu mon adolescence en Allemagne, j’étais en choc culturel, je voulais donc mieux comprendre le monde, l’humain et ses vérités. Le théâtre me ramène très souvent à ces réflexions. Le texte de Caligula nous présente une expérience grandiose.  Qu’arrive-t-il lorsqu’un homme de pouvoir fait ce qu’il veut en utilisant une logique inhumaine puisque la vie n’a pas toujours de sens?

L’absurde, on le ressent très bien en jouant. Nous allons tellement loin dans la tyrannie, cela dépasse l’entendement et donne des situations assez cocasses et même drôles. Et oui, vous allez voir,  on rit.

Mon rôle me donne une position très intéressante,  je suis là pour accompagner Caligula dans cette folie. En tant que maîtresse je passe la pièce à graviter autour de lui et tout faire pour lui. J’aime que mon personnage accompagne Caligula mais me permette aussi d’accompagner en parallèle un ami, Christian.

Je me suis beaucoup questionnée sur le rôle très dense de Ceasonia. Il y avait plusieurs pistes possibles. Tout n’est pas écrit, il y a des ellipses dans le temps qui m’obligent à chercher ses motivations et états d’esprit. Jusqu’où ira-t-elle par amour mais aussi par peur et comment doser les deux. Cette femme me touche. Elle voit Caligula qui se perd et pourtant elle reste.

Quelle belle question : Jusqu’où sommes-nous prêts à aller par amour? Jusqu’où peut-on s’oublier pour l’être adoré? Qui ne l’a jamais fait? C’est triste et touchant je trouve. Disons que je passe ma pièce à aimer un Caligula qui ne me le rend pas très bien. Et j’ai pourtant du fun, quel beau et drôle de métier!

Ansie St-Martin


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